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On disait de Petit Tom qu'il savait guérir toutes les blessures, celles du corps tout comme celle de l'esprit.
On disait que son souffle donnait la vie et que son chant séchait les larmes.
On disait que derrière ses pas poussaient les plus belles fleurs du monde.
Son regard évoquait la douceur, son sourire l'allégresse, et de ses cheveux semblait couler le chant des oiseaux.
Petit Tom était un nain vert, et pas n'importe quel nain vert ; son père était le grand Chuchoteur, conseiller des plus sages des grands sages. Le Grand Chuchoteur avait d’ailleurs inspiré bien des contes et des histoires, mais pas celle-ci.
Celle-ci est pour Petit Tom car lui, il sait guérir les cœurs.

Petit Tom avait grandi loin de son père, dans le monde des hommes.
Il faut savoir que les cigognes vertes livreuses de nains verts sont des plus étourdies ; celle qui livra Petit Tom n'en faisait pas exception.
Elle livra l'enfant à l'exact opposé de la maison du Grand Chuchoteur, de l'autre côté de la terre, devant la maison des Auvrillac.
Coïncidence ! Eux aussi attendaient un enfant...

Les Auvrillac ouvrirent la porte et dévisagèrent le nouveau venu.
Étonnant ! Il était petit, avait les cheveux d'un vert profond, semblable à la mousse des arbres, et les yeux plantés comme deux nénuphars au milieu d'un lac éclatant.
Surprenant ! Sur l'étiquette, tenue par une cordelette d’herbes tressées autour de son fragile petit poignet, en caractères d’argent sur une plaquette d’acajou, était marqué "Petit Tom".
Fâcheux ! Petit Tom aurait dû s'appeler "Boucle d'or", ses cheveux auraient dû être longs, blonds et bouclés, et ses yeux d'un bleu profond.
Cette dernière était en fait arrivée dans une autre maisonnette, au fin fond des bois, non loin de chez le Grand Chuchoteur ...
Papa Auvrillac était scandalisé !
« Mais ce n'est pas notre petite ! Où est notre petite ? »
Maman Auvrillac était mitigée.
« C'est peut être une erreur d'usinage. »
Grand'ma Auvrillac était sage...
« Allons voir la Grande Cigogne, elle saura sûrement nous conseiller. »
Et ils allèrent voir la Grande Cigogne.

La Grande Cigogne était d'une humeur furieuse.
« Fichus grévistes, qu’elle maugréait ! Je vous en ferai voir, moi, des associations, des syndicats, des lois, des exigences, des… des… Tenez ! Vous, là-bas, oui, oui, vous ! Venez voir ! Allons, dépêchez-vous ! Voyez, ont-ils à se plaindre ? »
Les Auvrillacs, sans trouver le temps de protester, se retrouvèrent embarqués dans les couloirs de l’usine.

A peine eurent-ils franchis la porte de la grande salle que l’étonnement leur coupa la voix, pour n’en laisser sortir d’un murmure d’émerveillement.
A gauche, la presse à étiquettes, où se versait en bouillonnant l’or, l’argent et divers autres métaux précieux, où tombaient des plaquettes de différents bois et de différentes matières, où dégringolaient des ornements sculptés d’ivoire, de pierreries et de perles mystérieuses. Le tout sortait agencé en magnifiques étiquettes, tantôt belles et épurées, tantôt ornées de magnifiques motifs.
A côté se dressait la tisseuse, immense. Un énorme rouleau rassemblait les plus doux et les plus beaux tissus du monde. Ils passaient ensuite dans le ventre de la machine, et en ressortaient des langes, épais et chauds en hiver, soyeux et légers en été.
Ensuite, à demi encastrée dans un mur, la vannière, une immense bête où tombaient brins de paille, d’osier, de fines branches de saule et de frêne, et d’où ressortaient de magnifiques paniers tressés.
Mais bien plus grande, bien plus magnifique, et bien plus terrifiante que toutes les autres, se dressait la couveuse.
Derrière une vitre y tombait ce qui ressemblait à de gros œufs… et en ressortaient des nourrissons.
Lorsque l’œuf était gris tacheté de bleu, l’enfant sortait blond aux yeux verts.
Lorsqu’il était jaune rayé de marron, l’enfant sortait pâle avec des joues bombées.
Et bien évidemment, lorsqu’il était argenté strié de rose, l’enfant sortait grand avec des pieds fins.
Il était en fait impossible de comprendre la logique qui animait la couveuse. Elle vrombissait, gémissait, soufflait, chuchotait, chantonnait, se balançait, s’endormait, s’éveillait, criait quelque fois ; elle semblait vivre une vie propre, tantôt agitée, tantôt calme.
Alors les cigognes récupéraient le tout, emballaient les nourrissons, les étiquetaient, les déposaient dans le panier, et les transféraient en salle de décollage, deux cent cinquante étages plus au-dessus. Et de là-haut partaient les petits garçons et les petites filles.
Une fois la fabrique visitée, la Grande Cigogne avait totalement oublié la raison initiale de la visite. Elle avait même oublié la présence des Auvrillacs. Elle se retourna et les regarda, surprise.
« Dites-moi, que faites-vous ici ?! C'est la zone de travail ! Je vous ferai arrêter si vous ne... oh... »
Elle s'était interrompue, la bouche en cœur, devant le sourire de Petit Tom.
« Qu'il est mignon... Comment vous l'avez appelé ?
-Mais ce n'est pas le nôtre, se plaignit le père.
-Ah non ! Une bouille d'amour comme ça, ça ne se refuse pas ! Voyons, enfin, ne voyez-vous pas qu'il est adorable ? Allez, filez, j'ai du travail, moi ! »
Surpris, les Auvrillacs suivirent les sages conseils de la sage cigogne et s'en allèrent. Ils élevèrent alors Petit Tom comme leur propre enfant...

Rapidement, ils eurent quelques difficultés.
D'abord, Petit Tom ne mangeait que du vert ! Des légumes, et des champignons. Le lait lui donnait mal au ventre, et la viande l'horrifiait.
Inquiets, ils retournèrent voir la Grande Cigogne.
« Il aime les légumes ? Vous ne connaissez pas votre chance ! »
Très vite, dès quatre mois, il commença à parler, marcher, courir, grimper, et malheur à ce qui lui passait entre les mains !
Dépassés, ils retournèrent encore voir la Grande cigogne...
« Vous savez, certains enfants n'apprennent jamais à marcher ni à parler, vous voilà rassurés de ce côté-là. »
A un an et demi, Petit Tom cessa de grandir ; il tenait assis sur un bras.
Il faut savoir que les nains verts n'ont rien à voir avec leurs cousins les nains des mines, gros, lourds et bruyants ; eux sont fins, légers et discrets, et ne boivent que de l'eau et du jus de mandragore.
Ses parents, accablés, retournèrent encore voir la Grande Cigogne...
« Mais il est parfait comme ça ! Ni trop grand, ni trop petit. »
Bien sûr, la Grande Cigogne savait qu’il était un nain vert, et quel avenir lui était promis.

Un peu plus tard, Petit Tom se mit à jardiner...
Tous les jours, il ramenait de ses promenades des graines de plantes qu'il croisait sur le chemin. Il les plantait en secret, et elles poussaient durant la nuit.
La maison devint rapidement un véritable potager. En dessous du paillasson germaient des fèves et des fruits secs jusqu’alors inconnus. Dans le couloir qui menait à la cuisine s'alignaient quelques pieds de tomates et de la vanille, qui grimpaient et s'emmêlaient dans les lustres. Autours des portraits familiaux poussaient des pensées et des pervenches. Sur les murs de la cuisine s'étendaient trois vignes d’où tombaient généreusement de grosses grappes de raisin, et d’autres plantes grimpantes. Le lit des parents était orné de lilas et de roses.
Tout ceci était très beau, sentait très bon, et avait très bon goût, mais derrière les plantes, les murs se fissuraient, la fenêtre cassaient, et les gens du village traitaient la famille Auvrillac avec crainte et méfiance. On les disait même sorciers.
Épuisés, les parents allèrent de nouveau voir la Grande Cigogne.
« Quelle nouvelle ! Nous avons un jardinier ! Oh ! Laissez-le faire, le village est si triste sans fleurs ! »
Mais cette fois les Auvrillacs n'en pouvaient plus. Ils décidèrent d'envoyer Petit Tom à l'école, malgré son jeune âge.

Là-bas, tout le monde le dévisageait avec curiosité.
Quelle bête pouvait donc avoir des cheveux pareils ? Quel animal pouvait donc avoir de tels yeux ? Comment pouvait-il donc être si petit ? Qu'était-il, ou plutôt qu'était-ce ?
La curiosité passée, on se moqua de lui.
Les garçons le bousculaient, lui volaient ses affaires.
Les filles le raillaient et s'horrifiaient du vert de ses cheveux.
En classe il rêvassait, souvent repris par sa maîtresse.
Rentrant chez lui, son père le grondait.
« Tu as encore sali tes affaires ! Regarde-moi ça ! Ton sac est tout déchiré ! Quelle plaie ! J'aurais dû te ramener chez les cigognes pour de bon ! »
Petit Tom était très malheureux.
Sa mère, comme à son habitude, ne savait que dire, et sa Grand'ma tentait vainement de le consoler. Lors de ses temps libres, il aimait errer seul dans la forêt. Un jour, il y fit une terrible rencontre...

La créature avait un corps presque aussi petit que celui de Petit Tom, mais était noire comme le charbon. Au milieu de son visage se nichaient deux petits yeux brillants et malicieux, deux rubis ardents.
Nullement effrayé, Petit Tom la salua.
Répondant par une grande révérence, le lutin, un descendant direct de la lignée des Gromols (les lutins déchus), lui demanda ce qui causait tant de peine à Petit Tom.
Petit Tom répondit en sanglotant.
« Les grands ne veulent plus de moi. Ils me font du tort, se moquent, et me volent mes affaires. Je ne sais pas pourquoi, je ne leur ai pourtant rien fait. »
Le lutin répondit avec un sourire mauvais.
« Rentre chez toi, Petit Tom, et tu verras, les grands ne te ferons plus jamais aucun tort. Tu pourras à nouveau marcher dans la rue sans craindre les garçons, aller à l'école sans craindre les réprimandes de ta maîtresse, et rester à la maison sans te faire gronder sans cesse. »
Plus heureux que jamais, Petit Tom rentra chez lui.

Pressé d'annoncer la bonne nouvelle à ses parents, il jaillit par la porte, se lança dans le couloir et bondit sur le lit.
« Papa, maman ! J'ai une super nouvelle ! »
Personne ne répondit...
Personne ne bougea...
Aucun son ne se fit entendre...
Ils étaient pourtant bien là, sous lui, mais ils ne bougeaient plus ; durant le retour de Petit Tom, une terrible maladie les avait frappés, eux et tout le village.
Alors Petit Tom se rappela des mots du lutin.
« Les grands ne lui feraient plus de tort. »
Ils resteraient pour toujours dans leur lit, assommés par la maladie...
Qu'avait-il fait ?

Terrifié, il se précipita chez la Grande Cigogne.
« Aidez-moi je vous en supplie ! »
La Grande Cigogne respirait faiblement, ensevelie sous ses couvertures...
Qu'avait-il fait ?

Il quitta le village, à nouveau en pleurs.

Il faut savoir que les fées des bois détestent les lutins verts plus que tout.
Elles les trouvent manipulateurs, menteurs, et mauvais.
Pourtant, Petit Tom avait l'air si triste et si éprouvé que lorsque Sirenelle le vit, elle eut du mal à retenir ses propres larmes.
Elle s'approcha, faisant tous les efforts du monde pour garder une mine dure et hostile.

Il faut alors imaginer ce que c'est qu'une fée des bois qui fait semblant d'être contrariée, car les fées ne savent pas cacher leurs émotions ; le tout donnait un visage indécis où se peignaient tant colère que tristesse, compassion, et sincère amitié.
« Que viens-tu faire dans mes bois ? Tu n’as rien à faire par ici ! »
Petit Tom s'excusa dans un flot ininterrompu de larmes et de confusion.
Touchée, la fée ne put garder plus longtemps son air d'air furieux. Elle explosa en une myriade de questions inquiètes.
Qu'est-ce qui pouvait donc rendre un nain vert si triste ?
Petit Tom expliqua tout, et supplia la fée de l'aider.
« Mais tu es un nain vert, Petit Tom, et les nains verts savent guérir.
-Un nain vert ? Mais non, je suis un petit garçon comme tout le monde. Les nains verts c'est pour les contes de fée ! »
S'il faut savoir autre chose sur les fées, et particulièrement les fées des bois, c'est que, par-dessus tout, elles détestent être contredites...
« Petit sot ! Et je suis quoi, moi ? Un limaçon ? Si je te dis que tu es un nain vert, c'est que tu l'es ! Allez, file, maintenant, j'ai déjà perdu assez de temps avec toi ! »
Après tout, n'avait-elle pas reçu la science des sciences à sa naissance ?
Ni la bénédiction des Doubamajas, les dieux sages ?
Ni l'esprit des rois curieux de jadis ?
Non, mais !
Pour qui se prenait-il, ce sale petit nabot couleur chlorophylle ?
Et elle s'en fut, bougonnant ses jérémiades, laissant Petit Tom tout seul.

Petit Tom entreprit alors de retourner à son village, se demandant comment il pourrait bien les sauver...

Il rentra dans sa maison.
Tout était silencieux…
Ses parents étaient toujours dans leur lit, livides.
Il guettait leur respiration.
Prit leur pouls.
Leur tension cardiaque.
Effectua deux radioscopies, trois IRM, des tests biochimiques et des calculs gravitationnels.
Il élabora médicaments, traitements, remèdes.
Il dansa, chanta des incantations, invoqua les esprits, rien ne marchait !
Alors, à bout de force et de courage, il se plongea entre les corps inertes de ses parents.
Il pleura...

« Et tout ce que tu trouves à faire, c’est de pleurer ? le gronda Sirenelle par la fenêtre. Tu sais pourquoi ça ne marche pas ? Parce que c’est la maladie que tu dois soigner, toi, ce n’est pas eux. « 

Petit Tom, surprit, leva un œil vers la fée.
Celle-ci affichait une mine si étrange que malgré lui, Petit Tom ne put s’empêcher de rire. Il pouffa, se retint, ne tenant plus il s’esclaffa. Son rire déborda, submergeant sa tristesse, monta dans les airs, dansa dans les rue, résonna dans le village entier. Un à un, les villageois s’éveillèrent et coururent rejoindre ce rire si doux qui leur faisait tant de bien. Vinrent les musiciens qui accompagnèrent Petit Tom de leurs chants et de leurs accords. Vint l’allégresse qui, au milieu de la foule, faisait frémir de joie et d’excitation.
Tout le village était plus heureux que jamais.
Plus jamais il ne fut ennuyé par ses camarades.
Plus jamais ses parents ne le grondèrent, sauf peut-être lorsqu'il piquait des sucreries en cachette.
Plus jamais une personne du village ne tomba malade, et Petit Tom ne cessa jamais de rire.

On raconte même qu'un jour, il rit tellement fort que son rire se transforma en une nuée de colombes, et qu'il s'envola avec elles - Praty, Scratch et Evana, trois de ces dernières, deviendraient d'ailleurs manageuses et développeuses en précision de livraison cigonyale, évitant ainsi de nombreuses erreurs de livraison grâce à un système d'aéro-localisation avancé, mais c'est encore une autre histoire.

Quand à Petit Tom, on dit qu'il vole encore de maison en maison, livrant aux plus malades et démunis son plus précieux remède : le bonheur.

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Portrait de San
San a répondu au sujet : #21290 il y a 6 ans 11 mois
J'ai bien aimé ton texte. L'usine à bébés m'a fait penser à l'intérieur bariolé d'une grosse poule, ou à un poulailler très coloré. Le dialogue avec Sirenelle m'a fait penser à la Fée Clochette.

Quelques remarques de style et de fautes :

Tout d'abord, le titre "Petit tom" alors que dans tout le texte il s'appelle Petit Tom (majuscule)!

"toutes les blessures, celles du corps tout comme celle de l'esprit" => celles de l'esprit, non?

"A peine eurent-ils franchis la porte de la grande salle" : franchi

"A peine eurent-ils franchis la porte de la grande salle que l’étonnement leur coupa la voix, pour n’en laisser sortir d’un murmure d’émerveillement." : encore cette tournure (répétition) avec à peine eurent-ils franchi (et la même faute) ; "qu'un" à la place de "d'un" murmure, non?

"Il quitta le village, à nouveau en pleurs.

Il faut savoir que les fées des bois détestent les lutins verts plus que tout." :
J'aurais bien aimé une transition entre les deux scènes, expliquant vers quoi allait se tourner Petit Tom.

"les grands ne te ferons plus jamais aucun tort" : feront

"Touchée, la fée ne put garder plus longtemps son air d'air furieux. Elle explosa en une myriade de questions inquiètes.
Qu'est-ce qui pouvait donc rendre un nain vert si triste ?"
Est-ce là sa myriade de questions inquiètes? Il n'y en a qu'une, et même pas très inquiète! J'aurais aimé voir au moins une ou deux questions en plus et un peu d'intonation.

"Il guettait leur respiration.
Prit leur pouls.
Leur tension cardiaque.
Effectua deux radioscopies..."
Changer le premier imparfait en passé simple comme les autres me semblerait plus logique.

"Petit Tom, surprit" : surpris

"Quand à Petit Tom" : Quant à

"dansa dans les rue" : rues

J'avais vu aussi un mot répété deux fois quelque part, mais je ne le retrouve pas...

La fin m'a semblé très très rapide. Pourquoi est-ce que les gens du village arrêtent de l'embêter?