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11eme Portrait : Les Démons

 

Partie 1/2- Les Démons

 

 Dans maintenant trois heures, j’ai rendez-vous. Et j’ignore toujours si j’irai car je n’ai aucune envie de me retrouver face aux yeux du démon. J’ai tout fait pour le chasser de ma vie. Et toi aussi a priori. J’espère de tout cœur que tu y sois parvenu parce que sinon... J’ai cet étrange sentiment en moi de sentir encore ton regard… Pas ce regard absent que tu avais quand tu… Non, l’autre, ce regard d’aigle, transperçant, qui me voyait telle que j’étais et qui me faisait me sentir toute petite, comme si j’étais soudain face à mon propre père et qui me faisait baisser la tête… On a tous des démons à chasser. Mais moi, je vais peut-être me laisser me dévorer par lui si je commets la bêtise d’y aller…

 Il a toujours souri quand je lui disais que je croyais au hasard et au destin...  Par exemple, il était totalement improbable que j’écoute ce matin un concert de Bashung, et encore plus celui des Francofolies de sa dernière tournée qu’il avait encore récupéré je ne sais où, puisque il a emporté toute sa musique avec lui... De toute façon, sa musique, comment dire… Seulement, c'est juste que j'avais retrouvé hier cette vieille clés USB qui a dû lui appartenir et j’imaginais d’ailleurs y trouver toute autre chose. Depuis son départ, je n'écoute jamais Bashung parce que c’était l’un de ses artistes préférés mais comme c’était dessus… Très vite, je fus saisis malgré moi par toutes ces paroles qui pouvaient s’adresser avec une cruelle acuité tantôt à moi, tantôt à lui ou à ce qu’avait traversé notre couple. Jamais je n’aurai dû à ce point pensé à toi quand le téléphone a sonné. Et pourtant… La vie et ses petites coïncidences troublantes…

Quand j’ai décroché et que j’ai entendu ta voix, je me suis dit pour rire que cerre clé USB devait être magique ou un piège que tu avais laissé dans mes affaires. Toi aussi, tu en as ri quand je te l’ai raconté. Puis, on s’est mis à parler une fois de plus de notre fils, de la chance qu’on avait d’avoir un tel enfant mais j’ai bien senti que tu tournais autour du pot, parce que tu devais le voir dans trois jours et que jamais tu n’appelles pour ça avant...  

D’ailleurs, notre enfant est terrible. Dès que tu appelles et qu'il nous voit nous parler, il a les yeux qui brillent. J’ignore pourquoi je me sens si mal à l’aise quand il est à côté de moi quand nous nous parlons.  Et quand il vient vers moi, je dois me retenir de ne pas l'étreindre contre moi, car il m'arrive de pleurer à le voir encore espérer. Cela n’a pas manqué quand j’ai raccroché.

- C'était papa?

- Oui

- Et alors, tu vas y aller?

- Je t'ai déjà dit de ne pas écouter les discussions de grands...

- Mais il t'a bien invitée, n'est-ce pas?

Oui, il m'a invitée. Et je ne sais pas si j'irai… Sa voix avait quelque chose de doux et de grave à la fois. La première chose qu'il m'ait dite, c’était qu'il avait toujours tenu sa promesse. Il m'a redit qu'il avait vraiment tout arrêté le jour où je suis partie. Ça m’a fait bizarre de l’entendre me reparler de ça et qu’il insiste à ce point. D’ailleurs, mon cœur a certainement deviné des choses que je ne voulais pas entendre parce que je l’ai senti battre plus fort… Jusqu'à présent, je ne l'avais jamais cru et, à dire vrai, j’avais même réussi à me persuader que je m’en moquais. Comment après tout aurait-il en être autrement compte tenu de ce que j'ai vécu avec lui, et tous les mensonges qui allaient avec? Mais cette fois, je l'ai cru. Sa vie est a priori redevenue exemplaire. Au début, j'ai d'ailleurs imaginé qu'il avait fait ça pour notre fils. C'est vrai qu'il était malgré tout un bon père avec lui. Il y avait entre eux une adorable petite complicité qui m'excluait de leur monde, mais j'aimais alors les regarder... Depuis, je n'ai jamais réussi à la retrouver avec lui. Et quand je le laisse chez lui, je la devine intacte entre eux. Et parfois, quand je lui demande ce qu'il a fait avec lui, il me répond avec un beau regard plein de malice "Je ne peux pas te le dire, c'est un secret!". Et bien qu'il ait grandit, les deux arrivent encore à avoir leurs petits secrets… Et même si je suis un peu jalouse, cela me fait tout chaud au cœur de le savoir. Mon fils a besoin de son père. D’un père en qui il puisse avoir confiance et non ce démon qui l’a chassé de ma vie. 

D’ailleurs, toi aussi, tu as un pouvoir redoutable sur moi. Tu n’as besoin de rien dire pour que j’aie envie d’exaucer le moindre de tes désirs, comme si je pouvais alors te faire oublier ce voile que tu as parfois et qui me fait si culpabiliser d’avoir divorcé avec ton père. Tu es si jeune, tu as le temps de comprendre. Pourtant, tout au fond de toi, je sais que tu as la même blessure que moi. Non, pas la même, mais plus profonde sans doute, malgré toute la bonne volonté de ton père et de moi pour que tu gardes de chacun une bonne image. C’est pourquoi face à toi ma volonté disparait… Et encore plus lorsque je retrouve en toi ce même regard foudroyant… Et je devine combien tu sens en toi que je me fais violence pour te dire non, pour te gronder. Tu sais, je n’ai plus ton père pour le faire… Alors ne m’en veux pas si je le fais mal… Ou au mauvais moment… Je commence juste à comprendre ce qu’est devenir mère, alors un père...

 

**

*

 

Dans la vie, il y a parfois des coïncidences qu’on aimerait pouvoir expliquer. D’habitude, moi, j’aime qu’elles viennent à moi me surprendre sans que je ne me pose des questions. Déjà il y avait eu les paroles de Bashung mais, ce qui est encore plus bizarre, c’est que je me suis rappelé que je m’étais couchée la veille en train de penser à ce jour où que je devais te chercher une cravate pour le mariage de Steph’… Je me vois encore marcher le long des boutiques, alors que, tout au fond de moi, je ne pensais pas à ces vitrines qui défilaient sous mes yeux mais seulement à si je t’aimais encore. Curieux d’ailleurs comme cette question est une fausse question. Si on se la pose, c’est bien parce qu’on connait la réponse… Et justement, ce matin, je me suis dit justement que j’aurais dû me poser une toute autre question, j’aurais dû me demander si je t’aimais encore assez, car ce n’est pas la même chose. Parce que je crois que… En fait, non, je ne crois rien. C’est juste qu’il est plus facile de se regarder dans un miroir quand on sait ce qu’on va trouver. On ne cherche plus une image du passé mais la vérité. Et s’il a fait partie de ma vie pendant des années, il est devenu comme une parenthèse que j’ouvre et je referme en fonction des besoins de notre enfant.

Mais, dans le fond, on ne peut faire une croix comme ça sur tout ce que j’ai pu vivre avec lui, ni d’un tel amour. En fait, je voulais juste savoir si j’avais encore la force de continuer avec lui. Il y a des fois où… Je me rappelle parfaitement combien je le détestais lorsqu’il partait. L’expression était inappropriée mais c’est celle que j’avais trouvée pour notre fils. « Papa doit partir… Papa est parti mais il va revenir» Et comme il me voyait un peu triste, je devinais comme une angoisse en lui, même si je voyais en réalité ma propre angoisse qu’il projetait en lui. Inconsciemment. « Mais il va revenir, hein ? ». « Oui, ne t’inquiète pas, il t’aime trop pour ça ». En y repensant, c’était une phrase qui… Enfin, pas vraiment... Elle m’arrangeait parce qu’elle disait tout et rien à la fois.

A dire vrai, au début, je n’ai rien vu. Puis, ensuite, je me suis fait des films. Combien de fois t’ai-je imaginé dans les bras d’une maitresse ? Si seulement, cela avait été ça… J’aurais pu… Oui, j’aurais pu, comme on dit, lutter à armes égales. J’ai découvert la vérité que beaucoup plus tard. Pourtant j’avais tout sous les yeux pour la comprendre. Tout et je n’ai pas… Il faut croire que je voulais rester aveugle… Oui, j’ai… Il faut dire que mon mari était un loup solitaire dans l’âme. Et je respectais son besoin de s’isoler. Je le comprenais tout à fait. Pourtant, la vérité, même aujourd’hui, je ne peux pas comprendre ce besoin. Ou plutôt… Je crois que je n’ai jamais compris ce qui le motivait. Cela venait-il de moi ? Cela venait-il de lui ? Je l’ignore toujours… Sans doute des deux…

Seulement, petit à petit, c’est devenu différent. Il restait seul même en demeurant au milieu de nous. On lui parlait, il nous répondait, mais il n’était pas avec nous. Il était comme… Il pouvait se taire pendant un temps infini. Et moi, cela m’exaspérait ! Alors, je me mettais à parler, à parler, parler pour ne rien dire du moment que ce silence entre nous cesse. Je voulais attirer son attention, lui montrer que j’existais, à défaut de crier, mais je n’aurais pas dû. J’étais tellement… Comment dire…. Je crois que parler ne faisait que l’agacer. Mais, à la place, il aurait  plutôt fallu… Non, tu dis ça, parce tu le sais aujourd’hui parce que tu as eu tout le temps depuis pour le comprendre. Seulement alors, quand il se remettait à me parler, tu ne comprenais rien. Il te parlait sans doute de ce qui avait occupé si longtemps son esprit, si bien que tu avais l’impression de débarquer au milieu d’un film. Le genre de film qu’on… Ou plutôt du genre que tu ne regardais que pour lui faire plaisir…

Mais ses silences n’avaient rien à voir avec ceux pendant lesquels il «partait». Un jour, Stéphane est venu me voir pour me dire qu’il l’avait vu et qu’il n’avait pas l’air d’aller très bien. J’avoue que sur le moment, même si j’avais déjà eu moi-même cette impression, j’avais surtout cherché à le rassurer. A ma réaction, je crois qu’il avait senti que je n’étais pas prête à écouter ce qu’il voulait vraiment me dire. Il m’avait juste testée pour savoir s’il le pouvait… Faut dire que… La vérité, c’est que je lui en ai longtemps voulu de ne pas avoir osé, parce que je suis sûre que… Finalement, je me rappelle combien Stéphane avait habilement dévié sa conversion sur moi. Lui aussi était un loup solitaire, mais beaucoup plus tendre. Dire que j’aurais pu me marier avec lui au lieu de… Tu voulais dire gâcher ta vie avec lui, n’est-ce pas ? Mais je n’ai pas gâché ma vie, j’ai juste pas été à la hauteur. Les deux d’ailleurs ont toujours été faits pour s’entendre. Et le pire, même quand l’un d’eux se taisait, l’autre le comprenait. J’aurais tellement voulu en être capable. Se taire et tout comprendre d’un regard… Comprendre que les mots ne disent pas tout… Moi, j’en suis toujours incapable, mais, par contre, mon cœur comprend ce qu’ils ne disent pas, c’est déjà pas mal.

Plus tard, quand j’ai fini par comprendre à mon tour, Stéphane m’a été d’un grand secours, car je crois que je serais devenue folle… Oui, folle. Ou j’aurais pu… Il y a tellement de choses que j’aurais pu…. Et que je ne pouvais faire à cause de mon enfant… Le protéger. Ne pas laisser faire irruption ce monde terrible d’adultes dans son petit univers à lui. Et j’ai toujours essayé d’éviter de lui mentir pour garder sa confiance, alors, avec lui, je jouais avec les mots. Les mots sont parfois étranges, ils veulent tout dire et rien à la fois… Ma hantise a toujours été de perdre un jour sa confiance ou qu’il devine en lui ce non-dit et qu’il le vive plus tard comme un fardeau sans qu’il ne comprenne d’où ça vienne. Mon pauvre chéri, te voir si innocent dans cet enfer me faisait mal autant que ça me sauvait. Si un jour tu devais aller mal, dis-toi que… Oui, dis-toi que tu as sauvé bien des fois ta maman…

Mais avec Stéphane, ce jour-là, j’étais face à un autre adulte et lui m’a regardée finalement comme moi je regardais mon fils, c’est-à-dire comme une enfant incapable de faire face. Longtemps après, quand je lui en ai reparlé, il m’a juste redit que je n’étais alors pas prête. Pas prête ! Encore aujourd’hui ces deux mots me font mal… Comme si on avait vraiment le choix une fois qu’on sait… Comment a-t-il pu douter de moi alors que je me sentais si seule à cet instant, sans personne d’autre à qui me confier ou pour m’aider à l’aider? Il me connaissait bien mal, ou peut-être trop bien… Quand je l’ai quitté, j’avais bien senti qu’il me cachait quelque chose. Mais j’avais trop l’habitude d’avoir des silences face à moi, alors je n’ai rien dit à mon tour. Seulement, sur le chemin du retour, je sais que pour la première fois de ma vie je me suis demandé si je t’aimais encore assez pour accepter de continuer et lutter. Bien entendu, on trouve plein de bonnes raisons pour répondre par l’affirmative. Surtout au début. Et encore plus quand on ignore tout.

Même aujourd’hui, tu devrais te demander si vraiment tu ne l’aimes plus. Bien sûr que tu l’aimes toujours un peu, comme un ami, mais tout au fond de toi, y a-t-il encore de la place pour l’autre sens, celui avec lequel on peut se faire si mal… Dans le sens de vivre encore avec lui, d’être prête à nouveau à lutter si le démon était toujours là, tapi en lui… Pourtant, il ne cesse de me répéter qu’il a tout arrêté du jour au lendemain. Soit disant par respect pour moi ou pour que j’accepte de l’écouter. Trop facile de vouloir soudain parler quand on s’est tu pendant des années, quand on n’a même pas voulu donner l’alerte… Beaucoup trop facile… Ces démons ne partent jamais, ils sont des volcans en sommeil qui attendent leur heure. Comment de fois t’a-t-il berné ? Hein, combien ? Et tu veux le croire sur un simple coup de téléphone ? Je le sais, jamais je ne pourrais te faire confiance avec ce démon en toi… Un démon que la moindre étincelle referait brûler plus fort encore, j’en suis sûre. Mais c’est aussi ce qui rend ton combat si émouvant… Tu sais qui tu es et ce dont tu es capable, et pourtant tu continues de te battre contre lui, sans rien lui céder. Sur ce point, tu es plus courageuse que moi et je t’admire…

Pour ma part, ne plus avoir la force de se battre a été, je crois,  l’épreuve la plus difficile de toute ma vie. Il est difficile d’admettre qu’on ait pu se tromper, d’envisager de repartir à zéro dans sa vie intime, comme s’il ne s’était rien passé pendant dix ans. Accepter d’éduquer son enfant seule et que son père fasse de même. Vivre chacun de son côté avec, au milieu, notre fils.

Même aujourd’hui, je me demande comment tu as pu nous faire vivre face à un démon qui a tout moment pouvait emporter l’être que j’aimais. Comment as-tu pu à ce point t’éloigner de moi ? Même aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui a déclenché ce premier geste. Je me dis que ça a certainement toujours fait partie de toi… Mais qu’ai-je pu faire pour le réveiller ? Sans doute plein de petites choses… Oui, je n’ai cessé depuis d’en découvrir, mais rien qui n’appelle une telle démission de ton être…

 

 

**

*

 

C'est comme l'autre fois où nous allions en vacances... Où est-ce d’ailleurs que nous allions? Je ne me rappelle plus, je me souviens juste que nous descendions au sud, en direction de l'océan. Peut-être dans les Landes? Toujours est-il que le ciel était plus blanc que bleu et que nous écoutions ta musique. Ta musique… Cela a toujours été ta manière à toi de… Au fil des kilomètres, un long silence s'était installé. Tu conduisais et tu semblais perdu dans tes pensées. Et à ce moment, il y  a eu Johnny Cash qui reprenait One de U2. J'ignore pourquoi cette chanson m'a à ce point bouleversée.  Tu étais à côté de moi, sans dire un mot, tandis que je découvrais la voix de Johnny Cash qui parlait de nous. Did I leave you a bad taste in your mouth? Quelle phrase terrible. Et puis, il y a eu ce refrain qui a fini par me transpercer le cœur. Me transpercer le cœur tout en douceur… Tout en douceur… Comme une aiguille… La toute petite pointe d’une aiguille qui s’enfonce en nous jusqu’au sang et qui ne fait mal qu’en se retirant…

 

Is it getting better?

Or do you feel the same?

Will it make it easier on you now?

You got someone to blame

 

Tu m’avais certainement fait écouter des dizaines de fois cette chanson parce tu étais trop snob pour écouter celle de U2, mais la voix profonde de Johnny Cash me rentra cette fois directement dans le cœur. Et je pleurai. A côté de toi, sans que tu ne t'aperçoives à quel point cette chanson parlait de nous, du mal qu'on se faisait. Et ce silence entre nous qui continuait et qui m'empêchait de libérer mes sanglots... Et ma bouche s'est ouverte en grand comme pour libérer un long cri silencieux, avec pour seule note, cette grimace qui tordait mon visage, cet air que je continuais d’aspirer pour ne pas hurler en attendant que tout cesse. Et après ça… Après ça, il m'a fallu reprendre mon souffle sans que tu ne remarques à quel point ma respiration était essoufflée et saccadée. Ne pas me trahir... Juste espérer que toi aussi sois étreint par la même émotion et que tu me regardes enfin et mettes fin à mon calvaire. Et je me cachai en fixant la vitre sur mon côté, comme si je contemplais le paysage défiler au rythme des kilomètres alors que seule existait autour de moi cette voix profonde qui me parlait, les yeux embuées de larmes que je laissais couler sur mon visage pour que tu ne me vois pas les essuyer et que tu ne devines tout... J'avais tellement de peine dans mon cœur, tellement envie que tu me prennes et me serres dans tes bras... Et toi, tu fixais toujours cette route, sans saisir combien je souffrais. En silence. Voyant soudain notre couple se défaire au fil des notes de la chanson... Et toujours cette phrase en suspens… Did I leave you a bad taste in your mouth?

Au bout d'un moment, longtemps après, je crois que tu as eu ces mots terribles. "Décidément, aujourd'hui tu n'es pas très bavarde..." Et toi, avec tes silences qui n'en finissaient jamais? Comment pouvais-tu dire ça à cet instant ? Je m'étais grattée le bas de la joue pour effacer les dernières traces de larmes et je fis diversion pour te féliciter sur le choix des morceaux de musique. Nous avons dû échanger quelques phrases à ce sujet. Cela me fit du bien de sentir la distance entre nous s'estomper, même si tout cela n'était qu'un trompe l'œil, car j'aurais tellement aimé t'entendre me dire que tu avais vécu la même chose sur cette chanson et que tu avais senti toi aussi cette souffrance d'être nous. De ne plus être soi-même. D'être un tout.

 

One.

We are not the same

Carry each other.

One. 

 

Depuis, je ne peux plus réécouter cette chanson. Tout du moins plus par Johnny Cash... Heureusement pour moi, depuis que nous nous sommes quittés, il n'y a plus la moindre musique de Johnny Cash à la maison. Tous ces disques que tu mettais... Parfois ils étaient comme un mur que tu érigeais entre toi et moi. Dans ces moments-là, j'ignorais toujours si tu n'écoutais pas plutôt ta musique plutôt que ce que je disais. Même s'il est vrai que je parlais pour deux... Combien de fois me suis-je demandée ce que tes silences voulaient dire... Parfois, pourtant, tes disques me manquent... Tu les choisissais souvent comme des messages d'amour que je n'écoutais pas non plus vraiment, comme deux étrangers qui se parlaient chacun dans leur langue étrangère... En fait, dans ces moments-là, ce n'est pas cette musique mais toi qui me manques. Autant me l'avouer... Je commence à penser que jamais je ne retrouverai cette patience que tu avais avec moi. Il m’arrive aussi de me demander si, moi, je t'avais compris un peu mieux, peut-être tu ne serais pas aller aussi loin… Même si j'ai lutté à tes côtés en y mettant tout mon cœur, je n'ai jamais cessé de me sentir un peu responsable. Comment peut-on avoir été aussi aveugle que je l'ai été? Peut-être parce qu'on ne prépare personne à affronter ce que toi tu vivais.

 

 

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